On ne crée jamais seul dans le secret d’un atelier ; on crée porté par des voix, des intuitions et des esprits rebelles qui ont, avant nous, ouvert des brèches dans le visible pour s’extraire des sentiers battus. Mon Art Structuraliste Visionnaire s’inscrit dans cet héritage spirituel et technique : un espace de liberté totale où la matière et l’esprit s’unissent pour donner une forme à l’invisible. S’élèvent ainsi quatre séries qui sont autant de philosophies incarnées, nées de la rencontre entre mon regard et trois piliers de l’art. Mes collections ne sont pas des cadres (on ne se refait pas haha), elles sont des portes d’entrée à la fois techniques et spirituelles :
- – Polarités Visuelles : Inspirée de Carl Gustav Jung — « L’art, c’est la rencontre des contraires ».
Jung a démontré que la psyché humaine ne trouve sa paix que lorsqu’elle accepte d’embrasser son ombre et sa lumière. C’est exactement ce que je cherche dans mes contrastes : confronter les pleins et les vides, les rugosités et les lissages, pour révéler que les opposés ne se combattent pas, mais forment au contraire une unité sacrée. Chacune révèle l’autre, créant un équilibre vital, comme sur le fil du funambule. - – Écho Chromatique : Inspirée de Vassily Kandinsky — « L’art, c’est l’âme qui se colore ».
Pour Kandinsky, la couleur n’a pas besoin de copier le réel, elle est une force spirituelle qui frappe directement le cœur, comme une note de musique. Dans mon atelier, je poursuis cette quête : la couleur n’est jamais décorative, elle est une vibration pure, une sève émotionnelle qui circule et fait résonner la toile. - – Illusions Sensorielles : Inspirée de Pablo Picasso — « L’art, c’est la transformation de la matière ».
Picasso a brisé la tyrannie de la toile plate en y intégrant du carton, du métal, de l’inattendu. À sa suite, je rechigne à ce que la toile ne soit qu’une surface. Le geste sculpte, recycle, triture et métamorphose le support pour que la matière s’émancipe et joue physiquement avec les ombres et la lumière changeante du jour.
Ces collections forment un cycle et invitent au quadrille vivant : Observation • Protection • Expansion • Reconquête
La Nature est tout aussi enseignante de sagesses, au travers du végétal, du minéral, de l’osmose du vivant et de la spontanéité juvénile.
1. Les Arbres-Témoins – L’Éternité Silencieuse
Un arbre qui veille témoigne. Il a vu la joie, la perte, la transformation des vents et des hommes.
« Je reste là où tout passe. »
Cette série célèbre la patience et l’adaptation souveraine. L’arbre enseigne à traverser sans se dissoudre, à rester enraciné même sous la pluie du changement, à s’adapter, à vivre toutes ses saisons sans rougir, tout comme à collaborer avec le vivant. Par ses racines et ses cimes, il nous appelle à l’équilibre hermétique : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, pour faire le miracle d’une seule chose. » Il est le symbole par excellence de la vie en perpétuelle évolution.
Jung voyait même l’arbre comme un lien fondamental entre ciel et terre : l’axe mundi ou le centre du monde.
Dans la toile, sa texture respire un temps dilaté : chaque relief est une cicatrice fertile. C’est un rappel à l’essentiel — ralentir, écouter, réapprendre la lenteur du vivant, trouver son chemin de croissance et d’expansion tout en étant capable de cohabiter.
2. Les Montagnes-Gardiennes – La Force Inébranlable
Elles émergent, farouches et stables, façonnées par la fureur climatique des siècles. Témoin intemporel des cycles divers.
« J’émerge là où tout s’élève. »
Ces montagnes incarnent la protection par la présence consciente et la puissance tranquille de l’enracinement. Leur verticalité redresse et confronte à l’axe intérieur, solide, imperturbable face à l’extérieur.
Celui qui randonne et contemple les montagnes sait de quoi je parle : on y va au-delà de ses limites physiques et émotionnelles. C’est une école de l’humilité et du dépassement de soi : s’ancrer pour pouvoir monter. La matière ici parle d’élan : la rugosité devient respiration, la densité brute devient élévation et socle tout à la fois.
3. Les Forêts-Révélatrices – La Symphonie du Vivant
Ici, la vie s’épanouit sans emphase.
« Je grandis là où tout s’éveille. »
Branches, feuilles, ombres et saisons : tout le vivant se répond comme une polyphonie simple, foisonnante et généreuse. Cette série évoque la synergie, non la compétition ; l’organique, non la forme imposée.
C’est un hymne à la complexité fertile : ces forêts tissent les liens invisibles qui rendent le monde habitable. Elles rappellent que nous sommes nous-mêmes l’arbre qui cache la forêt et que nous nous devons d’être intègres, respectueux et authentiques dans nos paroles comme dans nos actes.
4. L’Innocence-Retrouvée – Le Cri de Joie Primordiale
Puis surgit l’enfant. Celui qui saute dans les flaques d’eau, insouciant. Son rire se répandant dans le vent comme un doux chatouillis, éveillant le sourire et l’insouciance.
« Je m’émerveille là où tout vit. »
Cette série célèbre la pureté originelle, la liberté d’être face à une société obsolète et ses gaines étouffantes. C’est un rappel du courage de la joie, celle qui ose s’exprimer avec toute sa palette de couleurs malgré la gravité du monde. Préserver l’innocence et sa pureté. Née d’une urgence créative liée à une liberté sans nom, cette recherche honore la résilience de l’enfance et tisse un fil invisible à travers les générations, tout sexe confondu, ramenant au vivant et à l’humain. La joie est un moteur puissant et sans pareil dans nos vies à tous.
Retrouver l’innocence n’est pas régresser ni faire preuve de niaiserie : cela incite à prendre exemple et à revenir à la source du mouvement créatif pour chérir son enfant intérieur. C’est oser croire à nouveau que l’art guérit parce qu’il libère les silences inavouables et nous relie. Le processus devient jeu : chaque éclat est une renaissance, une art-thérapie par le mouvement pur.
Le Cercle Visionnaire – Une Permaculture de l’Âme
Ces quatre présences — arbre, montagne, forêt, enfant — dessinent les piliers de mon Art Structuraliste Visionnaire que j’ai pourtant choisi de nommer Cercle Visionnaire dans son ensemble. Parce qu’ensemble, ils témoignent de cette force de résilience incroyable dont nous n’avons pas toujours conscience, même pour nous-mêmes individuellement d’ailleurs. Et cela fait tant écho avec mon projet Echo-System.Art (Réseau de repérage et de connexions artistiques) qui me tient à cœur de développer.
Le Structuralisme Visionnaire : Il m’a fallu trouver un nom à ma démarche spécifique, liant intentions profondes et pratiques techniques. C’est un courant où l’art révèle les structures invisibles et sacrées reliant l’homme au cosmos, utilisant la géométrie et la multi-matière pour manifester une vision spirituelle du monde tout autant que pour montrer toute la beauté de la vie et son champ des possibles infini. Un melting-pot si inspirant et total.
Pour comprendre la nature vibratoire de cette démarche, j’aime me tourner vers d’autres chercheurs de l’invisible. Le compositeur de musique Robert Schumann disait :
« Projeter la lumière dans les profondeurs du cœur humain, telle est la vocation de l’artiste. »
Schumann pensait que l’art ne devait pas simplement être « beau » ou « divertissant ». Pour lui, l’artiste est un guide qui doit aller chercher ce qu’il y a de plus caché, de plus sombre ou de plus pur en nous pour le transformer en son. Sa musique ne s’écoute pas avec l’oreille, elle se ressent comme une confidence. Il ne cherchait pas à plaire aux salons mondains, mais à créer une résonance d’être humain à être humain. C’est profondément inspirant !
À cette vibration intime répond la liberté absolue du geste. Comme le disait parfaitement Picasso :
« L’art n’est pas l’application d’une règle de beauté, mais ce que l’instinct et le cerveau peuvent concevoir en dehors des règles. » Et pour que cet instinct devienne un langage, Kandinsky ajoute cette formule lumineuse :
« La couleur est la touche, l’œil est le marteau, l’âme est le piano aux cordes nombreuses. »
Ce sont ces paroles éclairantes qui nourrissent ma motivation quotidienne à cheminer dans le structuralisme visionnaire. La géométrie sacrée devient aussi ici une écologie spirituelle : elle organise et structure les flux et les polarités. Ma pratique se veut d’agir comme une permaculture créative :
- La matière recyclée (inspirée par mon parcours, mes pratiques multiples artistiques tout comme par mes valeurs éthiques et respectueuses du vivant et la culture de la terre) devient l’humus symbolique de mes toiles.
- Le relief sculpte l’espace comme les racines sculptent le sol. De strates en strates, j’architecture la composition, sublimant les ombres et la lumière. De plus, on ne peut tricher avec le volume : c’est un art authentique et, pour ma part, plus intuitif — bien que la peinture plane possède aussi toute sa sincérité dans sa 2D.
- La couleur vibrante circule sur la matière comme une sève spirituelle. Kandinsky écrivait : « Ainsi, il est clair que l’harmonie des couleurs ne peut se fonder que sur le principe de l’entrée en contact efficace avec l’âme humaine. Ce principe sera appelé Le Principe de la Nécessité Intérieure. »
- L’équilibre des contraires (inspiré de l’individuation de Jung) préserve la vitalité contre l’uniformisation. Il invite à épouser nos polarités plutôt que de rester figés dans la dualité scindante et clivante qui pilote nos sociétés. Diviser pour mieux régner. Et si, au contraire, on embrassait l’ensemble pour notre plus grand bien-être à tous ? C’est une éthique du vivant.
J’ai lu avec un enthousiasme immense cette conviction profonde de Kandinsky :
« « Dois-je ? », ce « dois-je » n’existe pas en art : il est éternellement libre. L’art fuit ce « devoir » comme le jour fuit la nuit. »
Je me suis longtemps cherchée dans ma pratique, doutant de ma légitimité, je me suis cachée tout autant, j’ai lu tellement souvent que je devais me spécialiser dans une discipline. Force était de constater que ça m’était impossible. Et finalement, c’est cette quête qui m’amène aujourd’hui à arpenter ce chemin particulier et qui devient même ma signature atypique.
L’atelier devient alors un territoire d’expérimentation funambulesque où explorer la profondeur exige de passer des heures à tester, avec des réussites mais aussi des échecs. J’archive, j’adapte. C’est précisément ainsi que l’on peut évoluer et s’extraire d’un chemin trop étriqué, en sortant de sa zone de confort. J’ai un besoin viscéral de cela dans ma vie : innover et sortir des sentiers battus pour y découvrir, au détour du chemin, le parfum inattendu d’une fleur sauvage, un rayon de soleil perçant la canopée. C’est sans aucun doute un chemin d’humilité où les erreurs de pratique deviennent engrais. Pratiquer la permaculture m’a grandement aidé à assimiler cela.
Et puis pour être honnête jusqu’au bout, c’est le paradoxe magnifique de cette recherche : la transformation de la matière y ouvre la voie à la transformation de l’être, à commencer par soi. L’art ne cherche plus à décorer, mais à faire pousser la conscience : une permaculture de l’âme. Une transfiguration.
« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible. » — Paul Klee
Clémentine Degaine | Rainbow Flow.

