Mon regard change ces derniers temps.
Semer des graines au sens large m’a toujours habitée, mais cela prend un sens nouveau dans cette vision plus vaste, dans ce que nous actons au quotidien, avec Antoine Giraud.
En pratiquant la permaculture, nous ne nous contentons plus de planter : nous sommes les témoins du vivant qui s’organise. Observer cette terre se transformer quand on lui laisse l’espace et la liberté du temps de croître a profondément changé ma vision de l’art et même de la vie.
Je porte désormais cette compréhension au bout de mes pinceaux comme dans nos engagements collectifs.
Je ne « fais » plus de l’art, je le cultive.
Cultiver plutôt que produire
Dans l’atelier comme dans le collectif, on ne consomme pas son inspiration, on crée un terreau fertile.
Il ne s’agit pas d’agir moins, mais d’œuvrer autrement.
Sortir de l’urgence du « faire », de la performance ou de l’alimentaire pour laisser vivre ce qui est en train de croître. Cultiver le lien devient aussi vital que cultiver la plante. Cela ne diminue en rien l’importance de poser des actes ou d’organiser ; cela implique simplement d’accepter que certaines choses prennent du temps.
Le vivant ne répond pas à nos calendriers.
Quand l’atelier devient un jardin
Au jardin, la syntrophie est l’art de complexifier la vie pour qu’elle devienne plus forte, plus résiliente, capable de s’autoréguler.
Dans mon atelier, c’est pareil.
Dans nos projets aussi.
Je me lâche la grappe. Je ne cherche plus l’image parfaite à tout prix. Je sédimente, je superpose, j’archive. Je laisse les erreurs devenir du terreau. Je m’adapte à ce qui est.
Chaque couche de texture devient un paillage qui nourrit la suivante.
J’observe aussi l’importance des délais dans les temps de séchage nécessaires à mes reliefs et à mes lavis : vouloir aller trop vite, c’est risquer les fissures… et perdre davantage de temps.
L’inspiration, la technique ou même la capacité de travail ne sont plus des ressources qu’il faudrait épuiser. Elles ressemblent davantage à une forêt qu’il convient de laisser pousser.
L’écosystème comme manière d’œuvrer
Cette logique ne s’arrête pas à mon atelier.
Elle irrigue ce que nous bâtissons ensemble.
Elle vibre au sein de l’association Jardin du Bois Fleuri, où le lien humain est la plus belle des récoltes.
Elle constitue l’ADN d’ Echo-System.Art , qui n’est pas juste un site, mais un organisme vivant où chaque artiste, chaque acteur, peut trouver sa place, comme une plante compagne au sein d’un écosystème.
Nous avons souhaité créer un réseau de repérage et de connexions artistiques horizontales, accessible à tous, sans système pyramidal. Un espace pensé comme un bien commun, fondé sur les principes de permaculture et de sobriété numérique, impliquant tous les acteurs.
Tisser les liens.
Œuvrer avec.
Nourrir le commun.
Mutualiser.
Ces principes sont devenus nos fondations presque malgré nous.
Le problème est la solution
Le jardin m’enseigne la patience et la résilience. Accepter que tout possède son propre cycle, que nous ne contrôlons pas tout, est une immense leçon du vivant.
En permaculture, un principe revient souvent : le problème est la solution.
Composter ce qui ne nous sert plus pour en faire une force, c’est offrir une porte de sortie à l’ancien.
Finalement, cela ressemble beaucoup à nos introspections personnelles : nos ombres, nos peurs ou nos croyances limitantes peuvent devenir les terreaux mêmes de notre croissance.
Devenir gardiens du processus
Être artiste ou jardinier, c’est peut-être la même chose.
On ne force pas une fleur à éclore.
On ne déterre pas une plante pour vérifier la croissance de ses racines.
On prend soin du sol.
On nourrit.
On accompagne.
Puis on laisse la vie être.
Ainsi, nous cessons d’être esclaves du résultat pour devenir les gardiens du processus.
Et peut-être qu’au fond, la véritable liberté se trouve là.
Dans la confiance accordée au vivant.
Parce qu’en fin de compte, l’art pousse là où les liens prennent racine.
Cette manière d’œuvrer avec le vivant irrigue également https://Echo-System.Art : imaginer des espaces culturels plus horizontaux, où les liens deviennent aussi précieux que les œuvres elles-mêmes.
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