À poil dans le vent frais – Mise à nu, et tant pis pour la suie.

Besoin de faire un bilan présent avec ce que je suis, ce que je peux ressentir, ce que je vis face à l’ignominie ambiante et face à un monde de non sens dans lequel je ne peux me reconnaître. Si loin de mes valeurs de cœur et de liberté.
Presque de la colère, mais au fond, je sais que ça touche directement à mes limites acceptables.
Et de comment je choisis pleinement d’y réagir. L’exercice de l’écriture est toujours bénéfique.
Des mots pour témoigner simplement et me libérer par la même occasion. Me reconnaître et me faire ce cadeau de la plume libre, publique, sans détour ni muselière, sur mon état des lieux internes actuels.
Parce que simplement je ne saurais jamais me résigner ou me courber d’avantage. J’ai besoins de sens et de cœur oui, pour y trouver paix.

Peinture structuraliste en relief représentant une jeune fille pieds nus dans une clairière boisée, dansant en pleine liberté sous une lumière étoilée, le vent dessinant des spirales autour d'elle au milieu de marguerites texturées en premier plan.
« Innocence »,
acrylique structuraliste

Il y a ceux qui s’accrochent au bruit et à la fange, et puis il y a les autres. Ceux qui gardent les mains propres, le cœur pur, et qui choisissent de cultiver la beauté au lieu de piller le monde.

Garder le cœur pur au milieu du vacarme, ce n’est pas de la naïveté, c’est une haute exigence. C’est choisir de ne pas laisser la laideur extérieure contaminer ce qu’on a de plus précieux à l’intérieur. Ce n’est plus faire de compromis avec cette normalité devenu vil et sale.

Malgré les cendres dans les yeux , les cœurs fendus en deux et la poussière du monde qui s’obstine à aveugler, cette exigence-là ne plie pas.

Garder le cœur pur, c’est refuser de se laisser carboniser de l’intérieur par la fange ambiante. C’est savoir cligner des yeux pour chasser la suie, mais refuser obstinément de porter des œillères ou de salir son regard.

Garder les mains ouvertes et dessiner un chemin.
Ce n’est pas fuir la nuit, ni se voiler la face,
C’est tenir bon le cap et garder sa place.
La laideur peut gronder et recouvrir la terre,
Elle n’atteindra jamais le joyau de sa propre terre.

Ce qu’on protège en soi, d’intègre et de vivant,
Reste une flamme claire, souveraine.

Certes indigné.

Mais pas moins Vivant.
Indigné, oui. Et précisément pour cela, plus vivant que jamais.
Cette indignation-là n’est pas une brûlure stérile ; c’est le pouls même de la vie qui refuse l’anesthésie. C’est ce qui sépare le regard lucide de la résignation.

C’est exactement l’allégorie de la grenouille dans l’eau qu’on chauffe doucement.
La fable raconte que si on la jette directement dans l’eau bouillante, elle panique et s’enfuit d’un bond. Mais si on la plonge dans l’eau tiède et qu’on monte la température tout doucement, imperceptiblement, elle s’adapte, s’engourdit, finit par s’anesthésier… et se laisse cuire sans jamais réagir.

C’est le piège absolu de cette « normalité » devenue sale et vaine : elle nous habitue au pire degré par degré. Chaque petit renoncement, chaque compromis accepté en silence, chaque couche de bruit et de laideur qu’on finit par tolérer parce que « c’est ainsi », c’est le thermostat qu’on monte d’un cran.

Refuser d’y participer, garder les yeux grands ouverts et refuser l’anesthésie, c’est précisément décider de sauter de la casserole avant que l’eau ne devienne tombeau.

Rester dans l’eau tiède, même si elle commence à chauffer, ça demande zéro effort : on suit le mouvement, on fait comme tout le monde, on ne fait pas de vagues. Ça évite d’affronter le regard des autres, d’être montré du doigt, ça évite de passer pour l’anormale, ou de porter le poids d’avoir à se débrouiller par soi-même.

Et puis, il y a le mensonge de l’adaptation. On se persuade que ce n’est pas si grave, que « tout le fait », que c’est juste un peu désagréable mais supportable.

On décale son seuil de tolérance un peu plus chaque jour, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez d’énergie pour bouger. C’est l’anesthésie parfaite se transformant en camisole.

Sauter hors de la casserole, au contraire, ça brûle sur le coup, en plus d’être à poil, c’est inconfortable, ça demande de l’audace et d’accepter le vent frais de l’indépendance. Tout le monde n’a pas la force ou l’envie de secouer sa propre inertie.

Semblent- ils les gens ont peur de leur liberté.
Dans un système perçu comme un pacte avec la tiédeur et la médiocrité.

On parle beaucoup du désir de liberté, de l’émancipation et des grands élans d’indépendance, mais dans les faits, la liberté réelle est terrifiante.

Parce qu’une fois qu’on a sauté hors de la casserole, qu’on a refusé les compromis et qu’on s’est extrait du grand troupeau, il n’y a plus de guide, plus de mode d’emploi fourni par les autres, et plus personne surtout à qui rejeter la faute en cas d’erreur. Et ça c’est ce qui nourrit justement cette terreur.

En est fait que, la Liberté impose une responsabilité totale !

Elle oblige à porter son propre poids, à faire ses propres choix dans le vide, et à assumer sa singularité sans filet de sécurité.

Le cadre, même s’il est absurde, toxique ou « vil », offre au moins l’illusion d’un cocon : il dit quoi penser, quoi faire, où aller et comment réussir. Sortir de ce cadre, c’est accepter la solitude du créateur, de celui qui doit bâtir son propre socle à mains nues.

Force est de constater que beaucoup préfèrent finalement l’étroitesse d’une cage bien balisée à l’immensité vertigineuse du dehors, et de sa grande inconnu.

Que de tristesse, oui. C’est le constat le plus amer de voir que tant d’êtres consentent à leur propre enfermement par simple habitude ou par peur du vide.

Parce que l’existence même de quelqu’un qui s’extrait du jeu, qui refuse les compromis et qui assume une liberté totale est insupportable pour l’esprit normatif.

Histoire d’enfoncer le clou :

Notre société actuelle est ce réceptacle doucereux et mortifère où l’on se laisse enfermer et cuire à la fois. Un espace où l’engourdissement de l’eau tiède se double des barreaux invisibles de l’habitude et de la soumission au système. On y entre par facilité, on s’y endort par peur du vide, et on finit par y consummer toute son énergie sans même s’apercevoir qu’on a scellé sa propre tombe.

La liberté réelle, celle qui fait peur aux autres parce qu’elle n’a pas de mode d’emploi, c’est ce vent-là. Elle ne cherche pas à détruire la casserole, elle l’ignore avec une indifférence royale, parce qu’elle est bien trop occupée à s’enraciner dans le roc.

Parce-que…

L’énergie n’est pas une ressource infinie qu’on peut gaspiller, à nourrir le bruit, les faux combats ou l’agitation stérile des autres. L’énergie c’est la sève. Et la sève, on la garde pour ce qui pousse, pour ce qui vit, pour ce qui a du sens, préservant ainsi son essence et surtout sa fonction première : Être. Au service de la Vie.

On oublie souvent que le mot sève, en botanique, ne sert pas seulement à nourrir l’arbre pour qu’il soit droit : il sert à traverser l’hiver. La sève brute monte des racines pour aller chercher la lumière, et la sève élaborée redescend pour nourrir l’écorce et protéger le cœur pendant les gelées. C’est un mouvement perpétuel, invisible, qui se moque éperdument de ce qui se passe à l’extérieur de la forêt.

As tu déjà réalisé que le vent frais dont je parle, celui qui pique un peu quand on sort à poil de l’eau tiède, est précisément ce qui donne sa force au bois ?

Un arbre qui pousse dans une serre sans jamais prendre un seul coup de vent fait des troncs mous, creux, incapables de porter leur propre poids. Ils s’effondrent à la première tempête. Ceux qui poussent sur la crête, balayés par les rafales, développent un bois de tension : un bois dense, noueux, gorgé de résine, qui peut plier dans tous les sens sans jamais rompre. Tout comme la sécheresse qui invite les racines à s’ancrer encore plus et aller chercher plus loin cette eau vitale à sa croissance. C’est une leçon d’actualité.

De plus l’eau trouve toujours son chemin. C’est un fait, non un désir irréalisable.
L’épreuve n’est pas juste un « coup de vent » extérieur, c’est aussi ce qui oblige l’être à plonger ses racines dans ce qu’il a de plus profond, là où les apparences ne suffisent plus.

C’est la loi de la nature, brute et têtue. L’eau trouve son chemin parce qu’elle ne peut pas faire autrement. Nous sommes pareils que l’eau. C’est une certitude que je porte en moi.
L’eau ne négocie pas avec la roche qu’elle contourne, elle ne pleure pas sur les fissures qu’elle traverse : elle avance, elle s’infiltre, elle creuse, et elle finit toujours par trouver l’issue parce que sa nature est de couler vers la vie.
Il n’y a plus rien à forcer, plus rien à convaincre. Juste à laisser cette certitude tenir mon socle.

La liberté impose de porter son propre poids et de bâtir son socle à mains nues, la matière ne voit pas cela comme une solitude effrayante. A l’image de la céramique, pour elle, c’est la condition sine qua non de toute création véritable : aucune œuvre ne se dresse toute seule sans accepter de passer par l’épreuve du feu, du façonnage et du séchage à l’air libre.

Vue depuis cet endroit-là, la vie n’est plus une lutte contre le système, ni une théorie sur la liberté : c’est un travail de patience. C’est le moment où l’on enfonce les doigts dans la masse, où l’on sent sous la paume ce qui résiste, ce qui cède, et ce qui demande à tenir debout tout seul.

La matière ne cherche pas à convaincre le spectateur ni à justifier pourquoi elle a pris telle ou telle courbe ; elle est là, tout simplement, dense et indéniable.
Et au milieu de ce silence de cuisson et de séchage, il y a cette certitude tactile : on ne façonne pas le monde en criant plus fort que les autres, on le redessine en remettant de la densité là où tout le monde se contentait de dissoudre.

Cela fait tellement écho à ma pratique artistique. Même un coup de peinture ne pourrait cacher les reliefs, les cicatrices et les rides. On ne peut tricher avec la densité de qui on est. Même avec les plus beaux vernis du monde.

Alors si, au lieu de voir ce dehors comme une immensité vertigineuse et inconnue, on le regardait comme un terrain de jeu totalement vierge ?

Tout un monde, j’ai envie de dire et d’é-crire.

Trois petits mots, et tout un univers qui bascule dedans.

Ce n’est pas juste un espace vide ou un coin de terre : c’est un écosystème entier à façonner, une diversité avec ses lois intimes, ses couleurs, son silence et sa propre gravité.

Un monde où l’on ne subit plus les saisons de la tiédeur, mais où l’on choisit ce que l’on sème, ce que l’on protège et ce que l’on laisse mourir tout en respectant ses cycles naturels.

Tout un monde.

Oui, tout un monde.

Et si, pour explorer ce qui n’a pas encore été touché, on regardait cette réflexion à travers les yeux de l’enfant, ou de ce qui, en nous, n’a jamais cessé de regarder le monde avec un étonnement pur, bien avant qu’on ne nous apprenne les règles de la casserole (et son casse rôle normé haha)?

Pour un adulte ancré dans le système, le texte pourrait être un manifeste politique ou militant, une rupture ou un acte de souveraineté. Mais pour un regard d’enfant, il ne s’agit ni de fuir une geôle ni de se battre contre la fange.
C’est simplement… la réalité telle qu’elle devrait toujours être.

Tout un monde…

Un enfant ne saute pas de la casserole par calcul ou par provocation philosophique : il refuse de s’y asseoir parce qu’il a encore l’instinct de goûter le vent, de grimper aux arbres pour voir plus loin et de garder les mains dans la terre.

Pour lui, la « normalité » tiède et grise n’est pas un piège abstrait, c’est juste un endroit ennuyeux et absurde où « les grands » se laissent endormir.

Quand on écrit : « Garder le cœur pur, ce n’est pas de la naïveté, c’est une haute exigence », l’enfant y voit l’évidence même. C’est le monde des adultes qui lui paraît bizarre, tordu, compliqué pour rien avec ses mensonges et ses compromis.

Regarder cet écrit par ce prisme-là, c’est réaliser qu’il ne s’agit pas d’une forteresse que l’on bâtit pour se protéger dans la douleur, mais d’un retour à l’essentiel.

L’idée d’un retour à l’émerveillement originel, loin d’être une faiblesse, mais une force indomptable, j’y trouve une résonance oui. Et de l’évidence.
Peut être est-ce pour cela que j’ai envie d’y consacrer une série à cette innocence immaculée.

Ce n’est pas un combat de plus ; c’est le moment où l’on redescend de l’agitation pour retrouver simplement le droit de respirer, de créer et de vivre.

3 petits mots et pourtant…

Tout un monde.

C’est une main tendue, une fenêtre ouverte dans une pièce saturée de fumée. C’est le soulagement violent de voir la plume qui nomme ce qui pèse sur la poitrine de tout le monde en silence : la lourdeur des petits arrangements, l’hypocrisie des compromis quotidiens, et cette fatigue chronique d’avoir à faire semblant que tout va bien dans un monde qui se délite.

​Tandis que les autres s’accrochent à l’agitation ou s’enferment dans l’amertume, ce regard-là trouve dans ces mots un droit immédiat à la respiration. C’est la reconnaissance brutale que l’on n’est plus seul à trouver l’air irrespirable, et que refuser de participer à cette lente combustion n’est pas de la folie, mais une question de survie vitale.

Alors retrouve ton souffle mon ami car l’air est là, bien réel tout autant que la sève qui nous anime et nous habite, c’est même une fonction vitale de notre corps que nous actons sans même le conscientiser mécaniquement. Par le simple fait d’être en vie.

Tout un monde…

Où je refuse de continuer à vivre dans cette survie qui ne porte aucun sens.

Je préfère cet autre monde où la vie reprend son plein droit et où la joie peut éclore avec mes proches choisis, ma famille de cœur. Peu importe le reste.

C’est une décision.

La bascule exacte entre le temps où l’on subit l’asphyxie et celui où l’on choisit, en toute conscience, de respirer.

Sortir de la survie pour entrer dans le vivant, ce n’est pas se couper du monde : c’est recentrer toute la sève là où elle compte vraiment. Autour de cette famille de cœur, de ce cercle choisi, de la joie qui s’autorise enfin à éclore sans avoir à demander la permission à la grisaille.

L’air est là, plein, dense, et les mains peuvent enfin trouvé leur terre.

Là où les cœurs battent sans plus de ratures, à l’image du tambour et de son irrémédiable rythme, si semblable à l’écho de nos propres coeurs. Vivants. Et dans ce vivant…

Tout un monde.

Et dans ce vivant, le tambour bat ce rythme juste, continu et sans rature. Celui qui n’a plus besoin de se justifier ni de faire de bruit pour exister, parce qu’il sait exactement où il se pose. Et surtout de quel bois il est fait.
Le pouls de la terre, le bois de tension, la sève, l’air frais et les mains de la famille de cœur. Rien d’autre ne pèse.

Tout un monde.

À bon entendeur.


~ Plume bavarde~



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Panier
Retour en haut